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Relativité de l’urgence

Relativité de l’urgence

Cette semaine, j’entendais à la radio une information sur le fait que les bonus des traders boursiers de Wall Street seraient “en net recul” depuis quelques années. Pour 2014, le cabinet Johnson Associates prévoirait une baisse de ces bonus d’environ 10% pour les traders de salles de marchés.

Ce recul serait la conséquence de l’informatisation des bourses, de la conception d’algorithmes très puissants qui calculent de manière instantanée les volumes de titres à échanger.
Disparus les courtiers qui se détruisaient les cordes vocales pour faire entendre leurs ordres d’achats et de ventes tout en lisant l’évolution des valeurs sur de grands tableaux noirs remplis de poussière de craie.
Aujourd’hui, le calculateur est roi, le micro-processeur et les applications décident et agissent car il faut, chaque jour, aller plus vite que la veille pour être le premier, pour être plus fort que son concurrent, pour gagner plus et plus rapidement. Le résultat est urgent. L’achat est urgent. L’ordre est urgent. Tout est urgent.

Rassurez-vous, je ne vais pas pleurer sur le sort de ces “pauvres traders”, leurs salaires et leurs bonus leur permettront encore de vivre de longues années dans l’abondance et le luxe.

Cette information m’a juste fait me souvenir que j’ai en ma possession une vieille enveloppe sans valeur dont voici un scan :

Enveloppe postée en octobre 1930

Ce courrier, posté le 1er octobre 1930 à Toulouse porte la mention “Cours de Bourse Urgent”.
En 1930 déjà, les boursiers et leurs clients travaillaient dans l’urgence. Dans le cas présent, il s’agissait très certainement des cours du cuir et de la laine (je n’ai que l’enveloppe, pas le contenu).

Ce qui est intéressant, c’est de voir l’évolution de notre notion d’urgence depuis cette époque. En effet, bien que la ville du destinataire était distante d’environ 80 kilomètres de celle de l’expéditeur, l’enveloppe porte au dos un cachet du bureau de Poste destinataire, en date du 7 octobre 1930. Il a donc fallu 6 jours à ce courrier pour parcourir les 80 kilomètres qui séparent les deux bureaux…

Aujourd’hui, quel trader, quel banquier, quel financier accepterait de travaillait avec de tels délais ? S’il lui faut plus de 10 secondes pour obtenir la valeur d’un titre, il considère que cette attente est intolérable.

De nos jours, tout est “urgent”. L’information doit être instantanée (au risque de la diffuser sans la vérifier), les réponses aux questions doivent être immédiates.
Les personnes que nous contactons doivent être joignables dans l’instant, quelque soit l’endroit où elles se trouvent.

Combien de nos contemporains pourraient s’adapter à nouveau au rythme de vie de nos ancêtres de 1930 ?

La réponse à cette question est simple : tout le monde le pourrait. Jeunes, âgés, traders, artisans, … tous.
Il suffirait qu’ils redonnent au terme “urgent” sa réelle valeur.

Prenez le temps de réfléchir à cette question : “qu’est-ce qui est réellement urgent ?”.
Et quand vous y aurez sérieusement réfléchi, vous aurez certainement une envie furieuse de dire à ceux que vous aimez combien vous les aimez car, au final, seule l’urgence vitale est une vraie urgence.
Alors prenez le temps de vivre, d’apprécier l’instant présent et ne cherchez pas le bonheur là où il n’est pas : il est juste en vous et il y est là, maintenant, tout de suite.

À propos de l'auteur

Manu

Une âme d'enfant dans un corps d'ours. Passionné par les passionnés, adore découvrir, apprendre et s'émerveiller. Son leitmotiv : Ils ne savaient pas que c'était impossible alors ils l'ont fait.

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